Je vous écris d’une clairière

Voici un texte de Marion Muller-Colard, paru dans le journal La Croix du 11 juillet dernier.

Je vous écris d’une clairière. Une clairière d’espace et de temps. Je reprends la parole après que le virus m’a coupé les mots dans la gorge. Je reprends une parole convalescente et je ne sais pas même à quelle adresse l’envoyer. Êtes-vous là où j’aurais pu, avant, vous imaginer ? Comment savoir ce que cette folle parenthèse du confinement vous a pris ou vous a donné ? Comment m’adresser indifféremment à ceux d’entre vous qui ont perdu des êtres chers et à ceux qui, épargnés, ont aimé que le temps s’arrête pour mieux regarder leurs enfants grandir ? À ceux qui ont perdu leur emploi, à ceux qui ont travaillé sans plus compter ni les heures ni les nuits, à ceux qui n’arrivent plus à travailler car tout leur semble soudain vain et absurde ?

S’il s’agit de parler du monde d’après, allons-y lentement, voulez-vous ? L’heure est à la délicatesse, et nous avons des plaies impensables à panser. Nous, mais aussi chacun. Je cherche où et comment arrimer, je voudrais vous trouver sur le quai. De ma clairière je ne suis pas sortie pendant de longues semaines, la vie y était sauvage et indifférente aux voix de robots qui, en boucle, assènent des messages d’alerte ; de jeunes brocards, une jeune chevrette, ruminaient sous nos fenêtres, jusqu’à ce qu’à l’aube d’un nouveau jour, un petit faon malhabile sur ses jambes s’ajoute à cette faune devenue familière. Extase que d’assister à cette célébration sans y avoir été invités, par l’accident de notre présence humaine, chassés de notre lit par un excès d’agitation cérébrale. Seulement l’extase, il faut savoir la rendre : cela ne répare pas un monde ; et d’une clairière de contemplation suspendue, il faut savoir sortir. Reprendre la parole me paraît pourtant une entreprise extrêmement risquée. Si risquée, peut-être, que d’aucuns ne l’ont pas lâchée, la parole, nonobstant l’obsolescence programmée de leurs propos, trop angoissés peut-être que l’inédit les empêche de dire. J’ai eu peur aussi : la parole est mon métier, la Parole ma formation. Pourtant je l’ai perdue ; et m’adresser à vous me tient lieu de rééducation. Alors, s’il vous plaît, allons-y lentement : l’urgence requiert une lenteur concentrée.

De quoi voulez-vous parler ? Du monde d’après, vraiment ? Deux si gros mots accolés l’un à l’autre, à engloutir ? J’ai jeûné de mots dès la mi-Carême et encore après Pâques, on ne me fera pas avaler ces mots-là pour rompre mon jeûne. « Monde » ? Trop grand. Je veux bien sortir de ma clairière, réapprivoiser la face politique de ma vie, mais donnez-moi des mots à ma portée, parlons-nous en circuits courts, sans trop d’intermédiaires. Je n’ai pas les moyens de parler du monde : il est régi par des lois qui évoluent plus vite que la compréhension que je peux en avoir. Pardonnez cet aveu : il n’est pas d’impuissance, il est de non-pouvoir. Mais de l’Évangile j’ai appris qu’on peut trouver sa puissance à renoncer à pouvoir. Je ne suis pas prophète, je ne parlerai pas du monde, et ce n’est pas non plus à trop de monde que je peux m’adresser : puisque j’ai encore la voix enrouée, laissez-moi essayer de m’adresser à chacun plutôt qu’à tous, m’arrimer à un frère humain insoupçonné, pour vous redonner un visage patiemment alors que dehors je ne vous vois que masqués.

L’« après » ? Il est masqué aussi, et à vouloir trop vite le dévoiler, nous risquons d’en abîmer les promesses. Mais ce qu’aucune crise ne pourra nous prendre, c’est le maintenant. Ce maintenant que l’Évangile propose de convertir en éternité. Alors parlons doucement, voulez-vous ? Non pas de ce qui a changé mais de ce qui a tenu. Non pas des points de rupture mais des points de suture. Non pas de ce que nous avons perdu mais de ce qui est imprenable. Dans ce monde où la répétition inlassable des erreurs se déguise en changement dans un tourbillon si rapide qu’elle parvient presque à nous leurrer, permettez-moi, s’il vous plaît, de ne pas parler de ce qui change, ni de ce qui se répète, mais de ce qui dure.

Marion Muller-Colard

Une histoire de générosité et de confiance

Voici le texte lu à la fin de la célébration de ce 11 juillet, en écho à Mt 13, 1-23

Tu as le geste ample du semeur généreux
et tu sèmes à tout vent la graine de ta Parole
Tu la sèmes en chaque coin, fécond ou caillouteux
confiant sa destinée aux mains des jardiniers

Apprends-moi, Seigneur, à travailler un sol
où ta semence trouve assez de profondeur pour s’enraciner

Mais si je devais échouer à préserver
un coin où ta Parole ensemence ma vie
laisse-moi la joie, Seigneur, de contempler les jardins voisins
fleurissant sous l’abondance de ton don.

Marion Muller-Colard, in Eclats d’Evangile

Les chemins de la Parole – Mardi 7 juillet

Notre prochaine et dernière matinée de cette année aura lieu le mardi 7 juillet.
Nous vous fixons rendez-vous dès 9h30 au Chemin des trois Fontaines, à deux pas du Centre Adeps, comme la dernière fois.
Vous trouverez en pièce jointe le texte qui sera travaillé.

Ne soyez pas effrayés par le destin a priori funeste des personnages : vous savez tous maintenant que c’est quand c’est interpellant que ça devient intéressant! 😉

Chemin de la Parole 2 R 1 1-17

Sainte Trinité confinée

Voici le support qui a servi à notre célébration en ligne de ce 6 juin.
Comme c’est devenu une habitude en cette période de confinement, nous avons partagé ce que l’Évangile nous dit aujourd’hui, nos interrogations, nos compréhensions de ce texte.
Nous avons également partagé nos intentions de prière.

Bonne semaine à tous et à très bientôt !
Continuez à prendre soin de vous !

L’Esprit de Pentecôte

Pour poursuivre notre réflexion, je viens de découvrir sur Facebook, un texte de William Clapier qui évoque l’Esprit de Pentecôte comme « fertilisant nos terres intérieures » :

« L’Esprit de Pentecôte, antidote à l’artificialisation de nos terres intérieures
Happé par l’hégémonie culturelle qu’il subit, l’humain a fini par capituler et délaisser les terres de son âme. Il s’est enlisé dans les sables de l’oubli. L’oubli de son propre fond. Il a « abandonné la source d’eau vive pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jérémie 2, 13). Saturé de biens finis, il se retrouve frustré, insatisfait, avide. Le brouillard épais d’une lourde déception existentielle l’enveloppe. Empli de « riens » inaptes à nourrir son âme, il s’attriste de son sort et tente le tout pour le tout pour s’en échapper, s’enivrant de tout ce qui peut le distraire de son malheur essentiel. Tel est le drame d’un humanisme coupé de ses racines. Anémié de son âme. Ce détournement de fond a créé un immense vide. Plus encore, il a provoqué une artificialisation de l’esprit humain. Les terres de notre intériorité se sont « endurcies ». Polluées, elles ont été rendues impropres à l’audition des partitions de l’Esprit. Le souffle âcre du matérialisme a désertifié de vastes champs de l’âme humaine. Lentement, au fil des décennies, la colonisation culturelle du « tout-économique » a créé une addiction au périssable, à l’éphémère, à l’inessentiel. Elle a provoqué un cataclysme spirituel dont nous mesurons, à l’heure des cataclysmes naturels à répétition, l’étendue et la gravité.Certes, ce sombre constat de la condition humaine présente ne signifie pas que la structure humaine ait été modifiée. L’humain demeure toujours le même. Le fond de l’âme qui le caractérise et le singularise est inaliénable, Dieu merci. Si la chape de plomb du consumérisme matérialiste a obscurci la conscience humaine au point de l’assujettir, celle-ci demeure et demeurera toujours capable de réagir et de s’en libérer. Il importe de le souligner. Au prix de grands efforts, sans nul doute. Ceux du décentrement de soi inspiré par l’Esprit. En attendant, à l’image de la pollution atmosphérique, nous respirons un air existentiellement vicié. Un climat au souffle vital raréfié. Une telle situation implique un grand sursaut spirituel pour éviter une annihilation intérieure plus grande encore, menaçant d’épuisement nos capacités naturelles d’attention et d’écoute, nos aptitudes à capter les sources de la Vie. Ce domaine intérieur au-delà des prises de la technique humaine et que Jésus appelle le « Royaume des cieux ». Lutter contre l’artificialisation de nos terres intérieures et l’assourdissement des capacités d’écoute du cœur, c’est résister à l’emprise du matérialisme ambiant. Nous le pouvons. Résistons en remettant « l’âme » au centre de notre quotidien. Fertilisons-la avec les ferments de la méditation-prière et de la contemplation en milieu naturel, en humant l’air des champs et des forêts, des plages désertes et des plaines sauvages. Vivifions-la avec le pain partagé de l’Esprit qui est la mise en œuvre de la communion solidaire entre les humains. Ne mettons plus, dans le cours de nos vies, notre âme entre parenthèse. Brisons le béton de nos conditionnements consuméristes. Défrichons sans relâche le champ de notre intériorité en ôtant herbes et épines qui l’étouffent : « soucis du monde, séduction de la richesse et autres convoitises », précisent Jésus. Ne laissons pas les pesticides de l’esprit et autres défoliants de l’âme nous envahir : nourritures éphémères vendues pour éternelles et autres dopants fallacieux de nos convoitises (soldes massives, Black friday, campagnes discount, entreprises low cost, parcs d’attractions ludiques). L’âme est plus qu’un simple sujet consommateur, avide de distractions incessantes. Elle est plus, bien plus qu’un faisceau complexe de neurones dont le génie numérique pourrait sans cesse augmenter les capacités. Notre humanité est sans comparaison plus précieuse que les seules capacités intellectuelles dont elle est dotée, démesurément vantée par les réalisations de son génie technicien. Les personnes avec un handicap mental, affectées d’une dégénérescence neuronale, jeunes ou âgées, ne sont pas moins dignes et valeureuses. Ils nous le rappellent …si nous leur prêtons cœur et attention. La terre de notre âme réclame amour et amitié. Tout simplement. Est-il nécessaire de rappeler que l’amour-amitié n’est pas et ne sera jamais côté en bourse ? Et qu’aucune entreprise du CAC 40 ne pourra se prévaloir de son label. A l’heure du consumérisme effréné, de la course à l’avoir et des dividendes mirobolants versés aux actionnaires, il n’est pas inutile de rappeler cette évidence. Recentrons-nous sur ce qui fait que l’homme est humain. Sans amour et ses différentes facettes – altruisme, compassion, bonté, serviabilité, patience, douceur, humilité, générosité, gratuité, solidarité, entraide, coopération, justice, partage -, nos terres intérieures se désertifient et s’artificialisent. Elles se dénaturent inexorablement et n’engendrent que les fruits dévitalisés de l’égoïsme et du « chacun pour soi ». Une forme de déshumanisation provoquant un ré-ensauvagement de notre société. Avec, en prime, un aveuglement cynique sur le Vivant et sa dévastation galopante. C’est ce qui s’appelle « perdre son âme ». N’ayons crainte des mots. Nous évoluons au sein d’un monde dont les principes favorisent une perdition. Le désastre écologique, les tragédies humanitaires consécutives aux conflits récurrents et les inquiétantes turbulences géopolitiques de notre XXIème siècle en sont les symptômes les plus patents. Le temps n’est plus à la tiédeur. Invoquer l’Esprit de Pentecôte, c’est appeler le fertilisant de nos terres intérieures pour réhabiliter notre aptitude à aimer en luttant pour le soin et le respect de la vie sous toutes ses formes. C’est vivre l’Evangile comme un détonateur de pleine humanisation et d’épanouissement du vivant. Le monde de « l’après » sera ce que nous en ferons dès aujourd’hui. Oui, viens Esprit de pleine santé humaine ! »

Célébration du 23 mai en confinement

Chers amis,
Voici le support qui a servi de trame à notre célébration en ligne de ce 23 mai, à l’occasion du 7e dimanche de Pâques.

Célébration confinée du 23 mai.

Après la lecture de l’Evangile, nous partageons le mot ou le groupe de mots qui nous a particulièrement touchés ; dans un second temps, nous partageons ce en quoi ce texte nous interpelle aujourd’hui, ce que ce texte nous dit aujourd’hui.

Après le partage du Crédo, nous échangeons les intentions de prières partagées par les uns et les autres.

Bon dimanche et bonne semaine à tous !
Prenez soin de vous et à très bientôt !